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LETTRE A MES CONFRERES
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Elle sort de son sac quelques feuilles imprimées et vous les brandit sous le nez ! « Voilà, Docteur, ce que j’ai trouvé sur Internet. Vous n’êtes pas au courant ? »


Oui, c'est très agaçant de se faire mettre sous le nez la photo souriante de tel ou telle collègue : « Voilà ce qu'il dit le Professeur … ».

Evidemment, ça agace !

C'est ici qu'il faudrait pourtant être patient, humble et pédagogue. Qu'il faudrait surtout prendre son temps. Et URGENT : faire taire son agacement et sa contrariété !

QUESTION : Que faites-vous dans cette circonstance ?

  • A. Vous repoussez la prose impie d'un geste méprisant !

  • B. Sans lire, vous dites : "Oui, je sais, mais ce n'est pas vrai ... "

  • C. Vous faites semblant de lire et noyez le poisson d'un "ce n'est pas si simple pour vous de comprendre ..."

  •  D. Vous lisez, tentez de comprendre

et de décoder l'info pour votre patiente.

Nul doute que vous décevriez énor­mément si vous optiez pour A, B ou C !

Mais vous êtes un(e) très bon (ne) gynéco : vous avez coché la bonne réponse, la D.

N'en déplaise encore à certain(e)s d'entre nous, nos patientes sont de plus en plus informées. Et le "Madame, ici, c'est vous ou moi le Docteur ?", c'est bien fini !

Elles coupent, découpent et recoupent à loisir les informations médicales. N'en doutez pas : les femmes sont devenues les véritables expertes du foyer en matière de santé. Expertes pour elles-mêmes bien sûr, mais aus­si pour toute la famille - enfant(s), conjoint, parents... et j'en oublie ! Alors, vous ne vous en sortirez pas si vous refusez de confronter votre scien­ce personnelle à celle du sacro-saint Web, de la page santé de Paris Match ou encore de la rubrique médicale de Femme Actuelle … .

Eh oui ! Il vous faut alors confirmer ou relativiser le risque de telle interven­tion ou de telle thérapeutique, redresser une erreur d'appréciation, débusquer pour votre patiente un marketing pas trop agressif qui prête à tel "traitement" des avantages pourtant non évalués, redresser un engouement trop confiant pour une molécule apparue dans le firmament thérapeutique depuis seulement quelques semaines, confirmer (Oh ! Là, c'est dur si on n'y avait pensé !) que telle stratégie ne serait pas si stupide concernant votre patiente ... .

Bref, il faut ici encore et toujours prendre son temps, ne pas ménager sa salive et son énergie, et tant pis si la salle d'attente est pleine et que vous avez 45 minutes de retard sur votre horaire !

Si vous refusez de confronter votre savoir personnel à celui des médias grand public, ne vous soupçonnera-t-on pas de parti pris, de sentiments réactionnaires, voire - comble de l'impertinence - d'ignorance ? Car ne vous leurrez surtout pas : cela fait bien longtemps maintenant qu'elles savent que ... nous ne savons pas tout ! Elles acceptent avec sagesse ces lacunes de notre savoir mais elles haïs­sent la prétention d'infaillibilité que certain(e)s d'entre nous pourraient avoir outrecuidance d'afficher.

Et quand on ne sait pas, il faut le leur dire sans honte et promettre (et tenir sa promesse) que l'on va se documenter et se mettre en mesure de répondre à la question posée. Les patientes vous seront reconnaissantes. Elles y verront la confirmation de votre complicité, de votre intimité mutuelle. Vous resterez alors LA référence scientifique, la borne solide de leurs connaissances. Et vous éviterez alors de perdre leur confiance.

On n'est plus agacé(e) maintenant ? On respire mieux ?

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