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Lettre à mes confrères(no 2)
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« -Alors Docteur c’es vrai, j’ai un cancer du col ? »

Elle est choquée, semble désespérée et nous sentons qu'avec elle, comme avec tant d'autres, nous allons devoir batailler pour faire tomber l'émotion qui la submerge. Elle, si mesurée habituellement, si rationnelle n'entend pas vraiment les mots qu'on lui dit, véritablement hagarde.

Il est urgent de lui expliquer simplement ce qui par essence est éminemment compliqué. Nous prenons alors une longue goulée d'air et nous lançons.

Première option, lui réciter un couplet car tant de fois répété que connu par cœur : parler alors de papillomavirus incertain, de test HPV « qui fera le tri », de laser ambulatoire possible, de conisation si on ne voit pas bien la lésion dans l'endocol, de fertilité de toute façon conservée.

Bref délivrer toute sa « science » d'une voix calme et savante.

Plutôt content de soi, on attend alors un sourire apaisé qui … ne viendra le plus souvent décidemment pas !

Elle nous regarde encore inquiète, semble n'avoir rien entendu de nos efforts oratoires et nous demande donc pour la deuxième fois d'une voix enrouée : « Alors Docteur, c'est vrai j'ai un cancer du col ? »

Nous comprenons sans doute alors que nous faisons fausse route, que seul le mot cancer a été retenu et qu'elle croit ici vivre réellement ses derniers jours.

Alors changer urgemment de stratégie et décider de répondre à ses questions et à elles seules.

« -Alors c'est vrai, que j'ai un cancer du col, Docteur » ?

« -Comment j'ai pu attraper ça ? »

 « -Mais si c'est, comme vous dites, un « papomavirus »(comprenez un papillomavirus), c'est quand même grave ? »

« -Et si vous me faisiez le vaccin dont on parle à la télé, cela pourrait  me guérir » ?...

Au fur et à mesure que l'entretien se prolonge elle retrouve sans doute  alors vraiment son calme, sourit à nouveau, immensément soulagée.

La morale de cette scénette de tous les jours ?

-A l'annonce d'une nouvelle négative en terme de santé (frottis anormaux, cancer du sein, fausse couche spontanée, biopsie d'endomètre anormale, azoospermie, etc.) il faut toujours compter avec l'émotion et l'angoisse dont notre vis-à-vis est submergé : ceci explique la surdité habituellement quasi totale à nos explications pourtant si doctes et rationnelles.

Alors, laissons leur du temps et ne les noyons surtout pas de nos très calmes explications -bien confortablement assis dans notre fauteuil- alors qu'elles sont, elles, en train de vivre  « l'angoisse de leur vie ». La médecine c'est de l'artisanat scientifique : soyons les meilleurs scientifiques possibles mais aussi de « bons artisans ».

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