ADOS:POURQUOI CE SURPOIDS?

Mais qu'est-ce qui fait grossir les adolescentes ? Ô que cet âge est difficile ! Comme elles aimeraient être belles et comme elles sont loin des canons en cours dont l'image exacerbée des magazines ne fait qu'augmenter leur angoisse !

 Et alors qu'elles n'ont plus tout à fait
un corps de petite fille, elles sont loin, mais
encore très loin, de celui d'une jeune femme.
Et comme elles le ressentent injustement !
Elles aimeraient tant être conformes — comme
les autres — avec des seins, de longues
jambes, une taille fine, une peau claire... Et au
lieu de cela ? Un être en devenir qui rougit à la
moindre émotion, qui ne sait pas se poser, qui
évolue maladroitement. C'est cela
l'adolescence, une tranche de vie coincée
entre l'enfance et l'âge adulte. Et comme si
tout cela ne suffisait pas, comme si cette
transformation de la chrysalide en papillon
n'était pas en soi une épreuve assez forte, il
faut compter avec les "révolutions du cerveau"
qui cherche ses marques, croît trouver de
nouveaux repères, s'énerve, s'emporte,
s'angoisse, s'enthousiasme... Oui ! La crise de
l'adolescence est sans doute, avec celle de la
cinquantaine, l'une des plus tumultueuses que
nous soyons amenés à vivre.
Les préoccupations corporelles de nos
adolescentes sont très importantes. On
s'interroge sur la conformité des mollets, du
ventre, des cuisses, des seins, bien sûr, des
traits du visage... Et il est très rare que le
corps corresponde à l'image souhaitée.
Toutes ces inquiétudes, je les ai recueillies
pendant plus de vingt ans sous la forme d'un
courrier qui m'arrivait chaque semaine par
sacs postaux et j'y répondais dans une
rubrique institutionnelle au sein du journal
OK Podium.
Ce "courrier du corps" a certes évolué
dans sa forme au fil des années, mais le
fond reste le même. Et si le Sida, la galère
des préservatifs, sont parmi les nouvelles
préoccupations des générations des années
quatre-vingt-dix, on se préoccupe toujours
avec autant de force, d'intensité et
d'inquiétude de la forme de son corps. Et les
questions fusent, désormais classiques :
"J'ai des mollets trop gros, docteur DE, s'il
vous plaît, aidez-moi à résoudre ce
problème insupportable" ; "J'ai des pertes
gluantes depuis quelques jours, nous avons
beaucoup flirté avec mon copain, est-ce la
raison ? Pensez-vous que cela puisse me
rendre stérile ?" ; "Voici les beaux jours qui
arrivent et je suis désespérée car je ne
pourrai pas me mettre en maillot de bain, j'ai
des boutons partout dans le dos et sur la
poitrine. J'ai honte. Je n'ose en parler à
personne..." ; "Je suis très inquiète de la
forme de mon sexe, les lèvres sont bizarres
et n'ont pas la même forme à droite et à
gauche, je crains d'être anormale, SOS ne
me laissez pas tomber"... Quant aux
questions sur le surpoids, elles font partie
des "questions Star" de la rubrique : "Je n'ai
pas de formes, ma taille n'est pas marquée,
j'ai un gros ventre, pourtant je fais attention à
ce que je mange et à l'école je me dépense
beaucoup lors des cours d'éducation
physique" ; "Je mesure 1,58 m et je pèse 50
kilos, je vous en supplie, dites-moi ce qu'il
faut faire, mais ne me dites pas de consulter
un médecin car je n'ai pas d'argent et je
n'ose pas en parler à ma mère" ; "L'été
dernier, j'ai décidé de faire un régime car
tout le monde se moquait de moi et
m'appelait "la grosse", j'ai perdu 8 kilos en
deux semaines et mes règles, qui étaient
venues régulièrement depuis deux ans, ont
complètement disparu, je suis angoissée, je
veux avoir des enfants plus tard".
Les adolescentes sont, elles aussi
évidemment, très sensibles aux messages
colportés par l'ordre esthétique actuellement
en vigueur. Tout comme les femmes adultes,
elles se laissent terroriser, manipuler,
tromper, abuser lorsqu'il s'agit de se donner
les moyens d'être minces "comme les
mannequins des magazines".
Adolescentes, soyez vigilantes !
Votre désir de faire correspondre votre
silhouette à celle de tel ou tel modèle sur
lequel vous avez "flashé" est souvent si
important, que vous êtes prête à croire
n'importe qui et n'importe quoi. Vous êtes
sans doute les jeunes femmes les plus
vulnérables au mensonge, à l'imposture et à
la manipulation.
Et vous m'en témoignez tous les jours
lorsque vous me demandez si telle ou telle
herbe chinoise va vraiment vous faire
maigrir, si tel appareil de sudation (payable
en six traites plus un cadeau de
bienvenue...), ou encore le super régime du
docteur Machin — il s'agit d'un médecin dont
personne n'a jamais entendu parler — qui
vous promet 10 kilos en moins en l'espace
de huit jours, sont susceptibles de vous faire
perdre du poids. Attention ! Ne vous faites
pas avoir ! Ce n'est pas parce que vous avez
une sensibilité à fleur de peau, une crédulité
proportionnelle à votre peu d'expérience des
choses de la vie, que vous devez mettre en
péril sinon votre santé, du moins votre portemonnaie
!
Car, vous devez le savoir, maigrir à votre
âge ou tout du moins ne pas grossir,
participe pour vous aussi d'une double
démarche :
– limiter vos apports et, surtout, équilibrer
votre alimentation (elle est en général
particulièrement déséquilibrée avant 20
ans) ;
– organiser une dépense d'énergie
convenable et rationnelle (je veux parler ici
de l'activité physique et sportive).
Êtes-vous vraiment trop grosse ?
Nombre de jeunes filles qui m'écrivent et qui
me donnent leur taille et leur poids — ce qui
me permet de calculer leur indice de masse
corporelle (poids en kilos / taille en mètre x
taille en mètre) — n'ont souvent pas le
surpoids dénoncé. Par exemple, nous
trouvons souvent des indices de masse
corporelle égaux à 21 ou 22 ! (Le surpoids
commence à partir d'un indice de masse
corporelle supérieur à 25).
D'autre part, ce corps de fillette était jusqu'à
la puberté complètement androgyne : vous
aviez des "cuisses de garçon" plates et sans
aucune rondeur. Avec le début de la
puberté, de la pousse des seins et des poils,
les cuisses se sont arrondies, ont
progressivement adopté une configuration
spécifiquement féminine. Et nos
adolescentes de parler immédiatement de
"cellulite" ! À vrai dire, pour nombre d'entre
elles, toutes cuisses et fesses non
androgynes sont à combattre et représentent
le summum de la "mocheté". Et que je
t'achète des crèmes, que je me frictionne
avec telle ou telle lotion miraculeuse, et que
je fasse un régime draconien pour tenter de
retrouver les cuisses de l'enfance !
Il faut bien expliquer aux jeunes filles que, de
la même façon que leurs seins poussent,
que leur corps se transforme, que leur sexe
s'étoffe, que leurs règles surviennent, leur
taille doit s'arrondir, leurs cuisses et leurs
fesses s'épaissir. Et il faudrait vraiment leur
expliquer cela dès la petite enfance, de
manière que les métamorphoses de ce
corps ne soient pas vécues comme une
"horreur", une "malchance", mais bien
comme l'accession aux caractéristiques
habituelles du sexe féminin. Car si l'on
explique aux jeunes filles d'aujourd'hui
qu'elles vont avoir des règles, que leurs
seins vont pousser, on reste en général fort
discrets sur les transformations attendues de
leurs formes, qu'elles vivent alors comme
"totalement anormales". Informer les jeunes
filles serait certainement une façon de, non
seulement leur éviter des "paquets
d'angoisse", mais sans doute aussi de leur
permettre, une fois l'âge atteint, de ne pas se
considérer comme "handicapées" parce
qu'elles ont un corps obstinément fait
comme celui d'une femme.
Conseils nutritionnels aux adolescentes
Toutes les enquêtes menées auprès des
jeunes de notre pays, filles et garçons, nous
démontrent que leur alimentation est
particulièrement déséquilibrée : beaucoup
trop de sucres rapides, beaucoup trop de
lipides (graisse). C'est l'âge des sucreries,
des tablettes de chocolat englouties, des
descentes dans le réfrigérateur à toute heure
du jour et de la nuit, de l'engouement, pour
la restauration rapide et — que l'on soit
d'accord ou non avec eux — de l'amour
qu'ils ont pour Mac Do !
Heureusement, le métabolisme de base (les
besoins caloriques dont a besoin le corps
pour fonctionner convenablement au repos)
est encore extrêmement élevé à cet âge de
la vie ; et nombre d'"overdoses caloriques"
seront effacées, ne seront pas
comptabilisées par un stockage de tissu
graisseux. D'autre part, la masse musculaire
est opulente ce qui consomme nombre de
calories (les muscles même au repos
consomment beaucoup). Quant à l'activité
physique, elle est en général forte : c'est
l'âge où l'on fait de l'exercice physique, du
sport, où l'on ne cherche pas à économiser
l'énergie avec autant d'attention qu'aux âges
plus avancés.
Ces dépenses d'énergie très importantes
expliquent, pour beaucoup d'adolescents,
qu'ils ne deviennent pas carrément obèses
alors qu'ils engouffrent parfois des rations
caloriques quotidiennes dépassant les 3 000
calories !
Et c'est cette impunité fréquente qui explique
finalement que, proportionnellement aux
rations alimentaires englouties chaque jour,
nos jeunes filles restent encore à des poids
standard dans la majorité des cas. Nombre
d'adultes ayant dépassé 40 ans se
souviendront avec nostalgie des rations
alimentaires qu'elles pouvaient absorber
jusqu'à 20 ans, sans pour autant faire frémir
leur balance !
Ainsi les conseils nutritionnels, lorsqu'ils sont
demandés, doivent rester éloignés du
terrorisme et s'appliquer à rééquilibrer
l'alimentation, en diminuant le plus souvent
de moitié la quantité de sucres rapides
absorbée et d'un tiers la ration lipidique
quotidienne. Souvenez-vous qu'il ne faudra
jamais autant batailler que pour lutter contre
les miroirs aux alouettes que sont les
régimes miracles sans cesse renouvelés,
sans cesse proposés, et malheureusement
sans cesse pratiqués par les adolescentes.